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Texte écrit par Hélène Vignal 17 octobre 2020

Je viens de passer une semaine entière avec des enseignants. Dans leurs classes, je veux dire. C’était dans le pays de Montbéliard. Là-bas, l’entreprise Peugeot est passé de 40 000 à 6000 emplois, les communautés ouvrières cohabitent plutôt bien, mais c’est de plus en plus difficile pour tout le monde. C’est un territoire de taiseux, de faiseux, comme me disait le principal du collège de Seloncourt qui, bien que ce fut un jour de réunion parents-profs m’a raccompagnée lui-même à la gare TGV. J’ai travaillé toute la semaine avec des profs qui étouffent sous leurs masques et tiennent leurs classes avec un mélange bluffant d’énergie, de bienveillance et de fermeté. Au lycée pro Nelson Mandela, après la rencontre avec les CAP ATMFC et les BAC Pro TMELEC, Catherine m’a même concocté une visite de l’église d’Audincourt pour que je ne rate pas les vitraux de Fernand Leger avant de repartir. C’est un de ces territoires où on fait souvent répéter les prénoms des enfants, parce qu’on les entend pour la première fois (et qu’il y a les masques). J’ai appris tard hier soir la mise à mort d’un enseignant. Et ce matin cette terrible nouvelle me donne envie de vomir. Parce qu’il semble qu’il y ait eu des appels lancés.Est-ce qu’on sait tous ce qu’on doit aux enseignants qui tiennent la main de ces enfants ? Est-ce qu’on est assez conscients du rôle qu’ils jouent ? Du pont qu’ils forment, des brèches qu’ils comblent avec leur métier ? Est-ce qu’on sait assez les entourer ? J’ai la chance, comme tous les auteurs et illustrateurs jeunesse qui tournent dans les classes, de rencontrer les plus investis, ceux qui sont dans les projets, ceux qui n’ont pas peur d’en faire un peu (beaucoup) plus, ceux qui travaillent en essayant d’oublier qu’on les oublie dans les bureaux des ministères. Parce que reconnaissons-le, c’est quand même vrai qu’ils doivent en faire toujours plus. Plus de réformes, plus de missions, plus de pressions, plus d’élèves par classe, plus d’affectations non souhaitées, plus de bâtons dans les roues, plus d’injonctions… et de moins en moins de moyens.
 Le service public (et je pense à l’hôpital aussi) ne fonctionne pas très bien avec les règles gestionnaires des entreprises. Il faudrait en convenir. Tout ne peut pas être économiquement rentable. Éduquer, soigner, c’est investir dans l’humain. Et ça ne rapporte rien à court terme. Et les SOS lancés par tous ces professionnels et leurs représentants ne sont pas des coquetteries d’enfants gâtés. J’ai parlé à des classes 6h par jour avec un masque pendant une semaine. Juste une semaine. Punaise ce que c’est dur ! Je me sens triste parce que j’ai le sentiment que mon pays ne reconnaît pas les siens, ne sait plus dire merci, ne sait plus entendre les besoins de ses fonctionnaires… Et je suis admirative de ceux qui s’accrochent. Il se trouve que nous, les auteurs jeunesse on y va dans ces bahuts. On mange à la cantine, on a parfois froid dans les classes. On peut le dire, qu’ils bossent. On voudrait en témoigner, on voudrait être entendus là dessus. Ça ne va pas : ils ont besoin d’aide. Posté sur Facebook le 17 octobre 2020